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    Stoïcisme à l'ère de l'IA : sérénité, jugement et action
    Stoïcisme30/08/202521 min

    Stoïcisme à l'ère de l'IA : sérénité, jugement et action

    Une philosophie ancienne pour naviguer le présent sans lâcher le gouvernail

    Stoïcisme à l'ère de l'IA : sérénité, jugement et action
    "Tu as du pouvoir sur ton esprit, pas sur les événements extérieurs ; réalise cela et tu trouveras la force." — Marc Aurèle "Nous souffrons plus souvent dans l'imagination que dans la réalité." — Sénèque
    Je vis entouré d'écrans, d'alertes qui surgissent à contretemps et de modèles qui crachent des paragraphes comme s'ils avaient du café dans les veines. Parmi tout ce bruit, il y a une certitude qui sauve ma journée : ma paix et mes décisions dépendent de moi. Pas de la dernière mise à jour, pas de l'algorithme capricieux, pas de l'agenda d'autrui. Comme je le développe dans [Wu Wei appliqué à l'IA](/fr/articles/wu-wei-art-de-ne-pas-forcer), nous avons besoin de philosophies pratiques pour naviguer cette ère. C'est pourquoi je reviens sans cesse au stoïcisme. Non pas comme une posture intellectuelle, mais comme un outil de travail. Et oui, je l'utilise en même temps que l'intelligence artificielle sans lâcher le volant. [Mon livre](/fr/mon-livre) développe ces philosophies pratiques. La clé est de se rappeler qui conduit. [Mon parcours](/fr/a-propos) m'a appris que l'équilibre entre philosophie ancienne et technologie moderne est possible. Cette certitude ne m'est pas venue dans une méditation épique, mais un mardi médiocre. Réunions interminables, attentes croisées, la sensation d'éteindre des feux avec des seaux en plastique. J'avais plus d'onglets ouverts que de neurones disponibles. J'ai fermé l'ordinateur portable, laissé mon téléphone face contre table et regardé une feuille blanche. Quatre-vingt-dix secondes de respiration—chronomètre réel, pas une métaphore—et trois lignes écrites en vilaine écriture : ce que je contrôle, ce que je ne contrôle pas, et ce que je vais faire maintenant. C'était comme récupérer le gouvernail au milieu d'une houle. Depuis, je répète ce geste quotidiennement. L'IA m'aide à penser, à organiser, à accélérer. Le jugement, c'est moi qui le pose. Quand je l'oublie, la réalité me donne une claque : un service tombe, une API échoue, un modèle change d'humeur sans prévenir. Si je m'accroche à ce que je ne contrôle pas, je coule avec le navire ; si je reviens à ce que je contrôle, je reste à flot et j'apprends en plus. Ce qui est curieux, c'est qu'avec le temps ma façon d'être sur les réseaux a aussi changé. Avant je répondais avec le doigt rapide, comme si chaque commentaire aigre était un incendie à éteindre. Aujourd'hui j'ai une autre règle : avant de répondre, je reviens à la respiration et je me demande s'il y a vraiment quelque chose à décider ici. Presque toujours la décision est de ne pas entrer. L'énergie que j'économise, je la donne à ce qui dépend de moi : mieux construire, mieux aider, mieux expliquer. C'est ce que je veux entraîner.

    D'où vient le stoïque (et pourquoi il me sert aujourd'hui)

    D'où vient le stoïque (et pourquoi il me sert aujourd'hui)

    Le stoïcisme est né sous les portiques d'Athènes avec Zénon de Citium, oui, mais il n'a pas jailli de nulle part. Il y a une histoire que j'aime parce qu'elle sonne comme un début de film : Zénon, commerçant phénicien, fait naufrage et arrive à Athènes avec le strict nécessaire. Il entre dans une librairie, tombe sur un volume sur Socrate, demande où on apprend à vivre ainsi et finit disciple de Cratès, un cynique qui enseignait par l'exemple et l'audace. Je ne sais pas combien il y a de légende, mais ça me sert : on ne choisit pas toujours ce qui arrive ; on peut choisir ce qu'on fait avec ce qui arrive.

    Avant cette scène, la conversation venait déjà de loin. Il y a Socrate, avec sa manie de convertir l'éthique en exercice quotidien et non en discours de taverne. Il y a Antisthène et Diogène, les cyniques, qui défendaient une vie simple et une indépendance de jugement presque insolente. Héraclite résonne avec son logos, cette idée qu'il y a un ordre dans le monde qui ne se plie pas à nos caprices. Les Mégariques apportent un goût pour l'argument fin, et les Cyrénaïques obligent à affiner quand ils parlent du plaisir. Avec tout cela, la Stoa se construit sur trois étages : physique, logique et éthique, comme quelqu'un qui élève une maison avec structure, câblage et vie à l'intérieur.

    La Stoa primitive pose les fondations.

    Cléanthe chante l'ordre du cosmos comme quelqu'un qui entonne une litanie. Chrysippe, le grand ingénieur du système, emboîte la logique avec l'éthique et construit une méthode pour penser sans se tromper soi-même. La Stoa moyenne, avec Panétius et Posidonius, ouvre des fenêtres et se mêle à la vie publique : politique, histoire, science de leur époque. Rome écoute et adopte ce ton. La Stoa tardive ramène la philosophie au sol. Sénèque écrit des lettres à un ami sur comment ne pas gaspiller la vie. Musonius Rufus donne cours à qui veut, esclaves et aristocrates inclus, et parle de cuisine et de repos comme affaire philosophique. Épictète transforme en manuel sa distinction clé entre ce qui dépend de nous et ce qui ne dépend pas. Marc Aurèle, entre campagnes et bureaux, s'écrit à lui-même pour se gouverner avant de gouverner quoi que ce soit. Dans cet arc, la polis classique se dissout, le monde devient impérial et cosmopolite, et les gens cherchent un moyen de rester debout quand tout autour change. Ça me dit quelque chose.

    Quand je creuse un peu plus dans l'atelier apparaissent des mots étranges qui, traduits, deviennent des outils.

    Oikeiosis est ce mouvement par lequel je m'approprie ce qui m'était au départ étranger et j'élargis mon cercle de soin : de moi à mes proches, de mes proches à ma ville, de ma ville au monde. Kathekon est ce qu'il faut faire ici et maintenant, même si ce n'est pas héroïque ni ne donne de likes. Prohairesis est le noyau de choix rationnel que personne ne peut m'arracher si j'en prends soin. Sympatheia est cette intuition que tout est connecté et que mes décisions ont des échos que je ne vois pas. Pneuma est la tension vitale qui soutient les choses dans la physique stoïcienne ; je n'ai pas besoin de signer chaque détail métaphysique pour garder le message : vivre en connectant causes et effets, sans magie, mais avec émerveillement. Et je garde deux joyaux dans ma poche : phantasiai, les impressions qui arrivent sans demander la permission, et sunkatathesis, l'assentiment avec lequel je décide si j'épouse ou non ces impressions. Il y a un pont direct avec l'IA là.

    Épicure et moi : moins de combat de clans, plus de vie vécue

    Épicure et moi : moins de combat de clans, plus de vie vécue

    Il y a une autre famille avec laquelle le stoïcisme discute et, à sa manière, se serre la main : l'épicurisme.

    Parfois on les peint comme rivaux, mais je vois des ponts. Épicure parle d'ataraxie, cette tranquillité qui naît quand on distingue entre désirs naturels et nécessaires—manger, se reposer, avoir un toit, avoir des amis—et désirs qui sont pur caprice avec gueule de bois émotionnelle. Il propose un plaisir prudent : plus de pain et d'olives avec des amis que de banquets fous ; plus de promenade au soleil que de vitrine. Son tétrapharmakon—ne pas craindre les dieux, ne pas s'angoisser pour la mort, le bien est facile à obtenir, le mal est facile à supporter—sonne très bien dans un monde qui confond désir et nécessité toutes les cinq minutes. Les stoïciens, de leur côté, plantent une autre idée : la vertu comme seul bien ; la santé, la richesse ou la réputation comme préférables, oui, mais non essentielles. Je mélange les deux intuitions et j'obtiens un plan de vie sensé : sérénité à l'intérieur, simplicité à l'extérieur, plaisirs qui ne passent pas facture, une table partagée, un jardin—littéral ou figuré—et un engagement serein à bien agir même si personne n'applaudit.

    J'aime aussi ce qu'Épicure dit de l'amitié comme refuge pratique. Je ne parle pas d'un réseau de contacts pour faire des affaires : je parle de gens avec qui tu peux être toi sans déguisement, manger simplement, parler sans pose. C'est aussi de la technologie du bonheur. Et oui, sa physique atomiste n'est pas la mienne, mais elle remplit sa fonction : enlever les peurs métaphysiques qui n'ajoutent que de l'anxiété. Je ne veux pas de guerres de clans philosophiques ; je veux des outils qui fonctionnent quand la journée tourne mal.

    Ce que je contrôle et ce que je ne contrôle pas (et pourquoi je me le répète tant)

    Ce que je contrôle et ce que je ne contrôle pas (et pourquoi je me le répète tant)

    Sénèque et Marc Aurèle m'ont appris à séparer deux boîtes. Dans l'une va ce qui dépend de moi : mon attention, mes objectifs, les données que je choisis de regarder, comment je formule les questions, les révisions que je fais, les décisions que je signe de mon nom, mon éthique et la cadence de travail que j'impose à la journée. Dans l'autre boîte vit ce que je ne contrôle pas : la prochaine version d'un modèle, l'algorithme volage d'un réseau, la volatilité des plateformes, l'humeur du marché, les biais du monde. L'intelligence artificielle, aussi puissante soit-elle, vit officiellement dans cette deuxième boîte : elle m'aide, mais ne commande pas. Mon caractère et mon jugement restent dans la première. Quand je m'en souviens, j'utilise l'IA sans qu'elle m'utilise.

    Pour ne pas me perdre j'ai distillé un rituel simple. Je commence par une intention courte, comme allumer une bougie mentale. Avant d'ouvrir quoi que ce soit, j'écris en une phrase le résultat que je veux obtenir. Puis je traduis ce résultat en une action physique concrète : taper, appeler, réviser, décider, publier. Si l'action ne tient pas dans un verbe et un objet, c'est que je n'ai pas encore assez pensé. Ce filtre m'épargne une quantité de fatigue invisible qui ne sort sur aucun graphique, mais se remarque à la fin de la semaine. Et quand la journée vient tordue, j'applique la premeditatio malorum : j'imagine les bosses avant de les rencontrer pour qu'elles ne me prennent pas par surprise. Ce n'est pas du pessimisme ; c'est mettre un casque.

    Les trois disciplines, ramenées au sol

    Les trois disciplines, ramenées au sol

    D'abord, la perception : voir clair avant de courir. Ici je suis un peu têtu. Je me méfie de la première impression, je demande contexte et contraste, et j'essaie d'attraper mes propres biais à temps—celui de confirmation, celui de disponibilité, tous ces filtres qui nous font croire ce qu'on a envie de croire. Avec l'IA c'est de l'or. Je demande des brouillons, oui, mais je lui demande aussi de me contredire avec force. De faire l'avocat du diable, de me signaler des sophismes, de me renvoyer des scénarios avec des hypothèses claires. Si je remarque trop de certitude pour si peu de preuve, je lève un sourcil et retourne aux sources. Je préfère un « je ne sais pas encore » honnête à un « oui catégorique » appuyé sur de la fumée. Et ici le parallèle avec les phantasiai est direct : l'IA génère aussi des impressions ; je décide si je leur donne mon assentiment ou non. Si j'épouse la première sortie du modèle, l'erreur est mienne.

    Puis vient l'action. Ce n'est pas faire plus, c'est faire ce qu'il faut. Sans IA, je prends l'important et je le plante dans le calendrier. Je le convertis en une action qui peut se faire dans le monde réel, avec un corps. Avec l'IA, je délègue le répétitif et je garde mon cerveau pour ce que je ne peux vraiment pas sous-traiter : négocier calmement, créer avec intention, décider avec jugement quand le jeu est à sens unique et n'admet pas de marche arrière. Ça m'aide d'écrire la structure avant le texte, de transformer des processus diffus en étapes claires, de choisir à l'avance comment je déciderai entre variantes. Parfois je publie une version suffisante aujourd'hui et réserve la perfection pour un autre moment. Ce n'est pas de la résignation : c'est de la stratégie contre le perfectionnisme qui tue les projets.

    La troisième est la volonté. Le tempérament qui soutient le reste quand l'émotion est basse. Sans IA, c'est la vieille discipline : tolérer la frustration, revenir au but quand je me perds, ne pas hypothéquer la semaine pour une mauvaise journée. Avec l'IA, c'est accepter sans drame ce que la technologie fait déjà mieux, l'intégrer avec des limites claires et blinder mes blocs de concentration. Avant chaque session je me rappelle mes règles. Et quand je remarque que le plan devient montagne, je le réduis au minimum que je peux faire aujourd'hui. Je préfère ajouter des centimètres chaque matin que vivre de l'effort sporadique qui ne se répète pas. Quand le FOMO technologique me tente, je me répète un mantra : presse ce que tu as déjà.

    Du portique à l'écran : fils qui restent vivants

    Ce que j'aime le plus du stoïcisme, c'est qu'il n'est pas resté dans le marbre. Il s'est filtré par des fissures qu'on utilise encore aujourd'hui. La thérapie cognitivo-comportementale boit d'Épictète quand elle rappelle que ce n'est pas ce qui se passe qui nous abat, mais ce qu'on se raconte sur ce qui se passe. Albert Ellis et Aaron Beck l'ont transformé en méthode et des millions de personnes ont appris à démonter des pensées qui leur faisaient du mal. La psychologie contemporaine a recueilli cette intuition dans des approches comme l'ACT de Steven Hayes, qui sonne comme de la gymnastique stoïcienne avec vocabulaire moderne : accepter l'inévitable et s'engager avec des valeurs claires. La pleine conscience laïque—sans mystique de carte postale—me rappelle cette vigilance sereine de mes impressions que demande Marc Aurèle avant le petit-déjeuner. Michel Foucault a parlé de « technologies du soi » et je souris : journal, révision, habitudes ; ça sonne comme la Stoa avec un pull.

    Dans le monde des décisions sous incertitude je trouve des échos partout. Les boucles OODA de John Boyd—observer, orienter, décider, agir—sont le revers tactique des trois disciplines stoïciennes. Le kaizen japonais, avec son amélioration continue et son allergie au drame, sent aussi la Stoa appliquée. Cette distinction de Jeff Bezos entre décisions à une et deux directions pourrait être tatouée au forum romain : teste vite le réversible, allume toutes les lumières avant l'irréversible. Viktor Frankl m'enseigne la logothérapie sous un autre angle : entre le stimulus et la réponse il y a un espace, et dans cet espace je choisis. Faut-il en dire plus ?

    Sur mon étagère aujourd'hui il y a des auteurs qui, sans toge, entraînent mon caractère. Nassim Taleb converse avec Sénèque quand il parle de s'exposer au bon côté du hasard et de se couvrir du mauvais. Cal Newport défend le travail profond comme quelqu'un qui a déjeuné avec Marc Aurèle. James Clear ramène la constance au terrain des habitudes microscopiques et mesurables. Annie Duke m'apprend à mieux décider sans m'inventer des certitudes. Massimo Pigliucci, Donald Robertson ou John Sellars ont ramené le stoïcisme dans la conversation publique avec rigueur et sans caricature. Martha Nussbaum, depuis la critique, m'oblige à ne pas convertir la sérénité en excuse pour regarder ailleurs. Et, si tu insistes, le minimalisme numérique et l'économie de l'attention sont des cousins lointains : moins de bruit, plus de vie à l'intérieur.

    IA, valeurs et direction : comment je le fais en pratique

    Je ne veux pas que l'IA me remplace le jugement. Je l'utilise comme un bon sparring : elle me prépare, me questionne, m'accélère. Si j'ai une négociation, je lui demande de se mettre dans la peau de l'autre et de me renvoyer des objections laides pour arriver prêt. Si je suis pressé par le temps pour publier, je demande la structure et je garde le ton humain. Si le projet est incertain, je demande des scénarios et des risques avec des probabilités raisonnables puis je décide quels amortisseurs je mets. Quand quelque chose d'externe échoue—une API, un modèle, un service—je me souviens de Marc Aurèle et reviens au contrôlable : mon attitude et ma prochaine action. Ce mantra m'a épargné des déceptions et des heures mortes. Quand les choses vont bien, je me rappelle aussi une autre leçon : je ne suis pas un génie ; j'ai eu de la chance alignée avec du travail. Je remercie et continue.

    Dans mon quotidien l'IA est plus atelier qu'autel. Je ne lui prie pas, je l'utilise. Elle m'aide à écrire sans m'étouffer, à ranger des idées comme on range un tiroir, à convertir des intuitions en brouillons que j'affine ensuite. Je lui demande de me signaler des biais, de transformer des procédures confuses en parcours clairs, de faire l'opposition quand je tombe amoureux d'une idée. Et je me mets des limites. Je n'ouvre pas l'outil sans écrire d'abord le résultat que je veux. Je ne poursuis pas le jouet à la mode si je n'ai pas encore pressé celui que j'ai. Documenter sources et hypothèses, réviser avec une autre personne ce qui est éthiquement ou légalement délicat et respecter l'auteuriat d'autrui ne me ralentit pas : ça me laisse mieux dormir. Un jour de sommeil décent fait plus pour ma productivité que dix astuces de clavier.

    Une autre pratique classique me sert beaucoup : la « vue d'en haut ». Les stoïciens l'utilisaient pour baisser l'ego et gagner en perspective. Je la fais avec l'aide de l'IA quand je demande un résumé de l'affaire du point de vue de chaque partie impliquée : client, fournisseur, équipe, utilisateur final. C'est une version numérique de monter à un belvédère et regarder la ville entière. Ça ne résout pas tout, mais ça ordonne la tête et me rend moins réactif.

    Trébuchements qui m'ont appris plus qu'un cours

    Trébuchements qui m'ont appris plus qu'un cours

    Je me mange aussi des galères à cause de moi. J'ouvre l'IA sans objectif et je me perds dans une jungle d'idées brillantes dont je n'avais pas besoin. Le perfectionnisme m'attrape et je confonds « l'améliorer » avec « ne jamais le livrer ». Je célèbre l'activité—mille messages, mille onglets—et j'appelle « progrès » ce qui n'était que fatigue. Quand je détecte ces détours, je reviens à la feuille : une ligne avec le résultat, une action physique et au calendrier. Je demande un brouillon laid et je le répare. Et si je remarque que je donne le volant, je demande des contre-arguments durs ou je sors le sujet à un humain de confiance. Main gauche avec l'ego, main ferme avec le processus. Je ne cherche pas à avoir toujours raison ; je cherche à avancer avec moins de théâtre.

    J'ai aussi appris à ne pas convertir la philosophie en excuse. Le stoïcisme ne m'autorise pas à endurer l'intolérable ni à regarder ailleurs quand il faut agir. L'épicurisme non plus ne me donne pas la permission de me cacher dans des plaisirs tièdes et d'oublier mes responsabilités. Si quelque chose me gêne, je le regarde en face ; si je dois demander pardon, je le demande ; si ça touche à couper net, je coupe. La sérénité n'est pas passivité. C'est être éveillé. Et pour rappeler que le temps est fini, parfois je m'offre un memento mori discret : non pour devenir lugubre, mais pour donner du poids à mes heures.

    Ce qui me soutient : Sénèque, Marc Aurèle, Épictète... et aussi Épicure

    Je relis Sénèque quand je sens que le temps file entre mes doigts : il me rappelle que le trésor n'est pas le calendrier plein, mais vivre face à ce qui importe. Avec l'IA ça signifie déléguer le mécanique pour garder penser et décider, utiliser des résumés pour blinder mon agenda et enlever des peurs imaginaires. Marc Aurèle m'ordonne la tête : la qualité de mes Pensées décide de la qualité de ma vie. De lui je tire mes petits rituels de focus et mon allergie à dramatiser ce qui n'est qu'externe. Épictète me tend un miroir : si quelque chose me perturbe, peut-être ce n'est pas le fait, mais mon jugement sur le fait. Et quand j'ai besoin d'adoucir des arêtes, j'appelle Épicure : je baisse d'un cran, je partage une table, je sors me promener, je choisis des plaisirs qui ne demandent pas d'intérêts. Le jardin et la stoa ne se piétinent pas ; ils se complètent.

    J'aime ajouter ici une note sur Musonius Rufus, ce professeur d'Épictète qui défendait que la philosophie est affaire de cuisine et de marché, pas seulement de classe. Si Musonius vivait aujourd'hui, je l'imagine ajustant des listes de courses, enseignant à bien dormir, éteignant les notifications et nous rappelant qu'une petite habitude solide vaut mieux qu'un plan parfait encadré. Cet esprit m'aide à ne pas convertir le stoïcisme en citation pour réseaux, mais en pain quotidien. Et, puisqu'on parle de ponts, je note une autre influence silencieuse : Cicéron, qui sans être stoïcien a servi de traducteur et de pont, et me prête un langage pour parler de devoirs et de vie publique sans sonner comme du marbre.

    Mes petits rituels

    Rien d'héroïque. Trois lignes avant d'ouvrir quoi que ce soit : quel résultat je cherche aujourd'hui, quelle action physique l'amène, quelle heure a un propriétaire dans mon calendrier. Respiration de quatre-vingt-dix secondes quand je remarque que je pense en boucle. Si la journée va bien, je note une chose que j'ai apprise ; si elle va mal, j'en note deux. Le soir, je marque ce qui s'est passé selon le plan, ce qui n'a pas marché, et ce que je changerai demain. Fin. Je ne demande pas la perfection. Je demande la répétition. Et si j'ai la chance de passer un moment sans urgences, je me permets de lire la philosophie avec un surligneur en main. Sénèque, Épictète, Marc Aurèle ; aussi du Cicéron, du Musonius. J'écris des notes dans les marges comme parlant à un vieil ami.

    Mon dimanche après-midi

    Mon dimanche après-midi

    J'ai adopté un petit rite hebdomadaire. Vingt minutes, rien d'héroïque. Je recompte honnêtement ce qui est sorti et ce que j'ai appris, je choisis trois priorités réelles—pas de jolis souhaits—et je les place dans le calendrier, je cherche une amélioration de processus soutenue par l'IA même si minime—convertir un texte en checklist, automatiser une étape, modéliser un document—je révise mes habitudes de soutien—sommeil, focus, une brève révision quotidienne—et je les ajuste comme on accorde un instrument. Ça ne sort presque jamais parfait. Il me suffit que ça sorte suffisant et répétable. Ce que je répète me construit ; ce que je ne répète pas, se dissout. Parfois je ferme le dimanche par une promenade sans écouteurs. Je marche et laisse le cerveau faire sa digestion. Je pense à la semaine qui arrive non comme une bataille épique, mais comme une série de rencontres avec le réel.

    Je ne suis pas toujours enthousiaste pour ce qu'il faut faire, mais je tolère de mieux en mieux ce mélange d'intention et d'acceptation. Je me dis : fais ta part ; laisse le reste être du reste.

    Ce que j'ouvre quand je perds le nord

    Quand je me sens désorienté, je ne cherche pas une citation pour Instagram, je cherche des outils. Les Méditations de Marc Aurèle me rappellent que le premier gouvernement est celui de soi-même. Les Lettres à Lucilius de Sénèque me parlent comme un ami pratique qui se fiche de plaire. Le Manuel d'Épictète est ce manuel de poche qui te remet sur la ligne : contrôle le contrôlable et ne te laisse pas emporter par le théâtre des événements. Le Jardin d'Épicure me rend la sérénité qui se boit lentement. Et parfois j'ouvre Martha Nussbaum pour rappeler que la compassion, bien comprise, est aussi muscle citoyen ; je ne veux pas d'une sérénité qui me fait de pierre.

    Je ferme avec quelque chose de très simple

    Aujourd'hui je peux écrire une intention du jour en une ligne, demander à l'IA un schéma utile pour ma tâche clé, fermer tout le reste pendant vingt-cinq minutes et terminer avec une petite premeditatio malorum qui anticipe les bosses. Je peux enregistrer un apprentissage et une amélioration de processus pendant que j'ai encore la journée fraîche. Si je fais seulement ça, j'ai déjà honoré ma part. La sérénité n'est pas une destination ; c'est une pratique. Et l'intelligence artificielle, bien utilisée, ne concurrence pas cette pratique : elle l'amplifie. Le reste—les feux d'artifice, le FOMO, les promesses magiques—qu'il reste dehors. Ici dedans je commande.

    Résumé

    Le stoïcisme naît à Athènes, dialogue avec le cynisme et Socrate, converse avec Héraclite et les Mégariques, s'arme avec Chrysippe et devient quotidien avec Musonius, Sénèque, Épictète et Marc Aurèle. L'épicurisme lui discute et parfois lui serre la main : sérénité, amitié et plaisirs sans dette. Au XXIe siècle, la psychologie et l'entreprise recyclent ces idées : d'Ellis et Beck à l'ACT, en passant par Frankl, Taleb, Newport, Clear, Pigliucci, Robertson ou Nussbaum, avec kaizen, OODA et minimalisme numérique. Avec l'IA, la règle est la même que toujours : je mets le jugement et l'outil met la force. Moins de bruit, plus de tempérament et plus de vie vécue dans ce qui dépend de moi.

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